CHAU-TV au fil du temps

Un récit de Pierre Harvey, directeur général, CHAU-TV, Carleton-sur-Mer

Fondée en 1958, CHAU-TV – cette première station de télévision dans la péninsule –  a marqué l’univers télévisuel de bien des Gaspésiens. L’auteur y œuvre depuis plus de trente-cinq ans : animateur, rédacteur et lecteur de nouvelles et de messages publicitaires ainsi que gestionnaire. À travers son parcours professionnel, il relate l’histoire de cette institution régionale.

Un court passage à la radio
J’ai débuté ma carrière dans les médias à la radio en 1976 à la station CHLC à Hauterive (Baie-Comeau) sur la Côte-Nord. Comme j’étais encore étudiant, je travaillais la fin de semaine à temps partiel. Un collègue animateur régulier, Lou Desrochers, me réfère à Réginald Poirier, alors directeur général de la station CHNC à New-Carlisle qui se cherche un animateur pour trois mois. J’accepte la proposition de monsieur Poirier et me voici parti pour la Gaspésie.

Mon premier contact avec la station se fait dans le parc de la Gaspésie en février 1977, et c’est l’abbé Boisseau qui est à l’antenne et qui salue ses chers auditeurs et chères auditrices. J’apprendrai plus tard que l’émission de l’abbé Boisseau est l’une des plus anciennes émissions diffusées quotidiennement à la radio, en Amérique du Nord.

Après quelques jours le soir et la fin de semaine, les dirigeants de la station Arthur Houde et Réginald Poirier me confient l’émission du matin. À cette époque, CHNC était la seule voix française de la Gaspésie et des Maritimes. Sa fréquence 610 AM était l’une des plus efficaces. On pouvait capter la station jusqu’en Nouvelle-Écosse, sur la 20 près de Rivière-du-Loup et sur la Côte-Nord.

Un matin, un monsieur âgé pénètre dans le studio de CHNC et me demande de lui mettre ses claques. Il a une canne et se déplace avec précautions. En lui mettant la deuxième claque, je m’aperçois qu’il porte une prothèse. J’apprendrai quelque temps après qu’il s’agissait du dentiste Charles Houde, le fondateur de la station CHNC et aussi de la station de télévision locale CHAU-TV.

À cette époque les principaux animateurs de la station CHNC sont Gérard-Raymond Blais, Marcel-Marie Leblanc. Jacques Parent, qui anime toujours à CHNC aujourd’hui, va se joindre à l’équipe de CHNC quelques semaines après moi.

À la fin avril de la même année, environ deux mois après mon arrivée, je reçois un appel de Yvon Chouinard de CHAU-TV qui se cherche un animateur pour animer des émissions locales ainsi que rédiger et lire des messages publicitaires. La rencontre a lieu à l’Auberge du Parc à Paspébiac. Yvon Chouinard est alors directeur des émissions de CHAU-TV. Il est accompagné de Gilles Rousseau, directeur des ventes et communément appelé « le bonhomme ». Roland Gagnon était à l’époque le directeur général de la station ainsi que le contrôleur des finances.

Je me trouvais bien jeune pour débuter en télévision (seulement 18 ans)   mais le défi est intéressant et j’accepte un poste d’animateur-rédacteur à CHAU-TV. Yvon Chouinard m’annonce que je vais commencer dans une émission « en direct » avec le « Téléthon des Chevaliers de Colomb ». C’est moi qui avais la responsabilité du « thermomètre » qui indiquait les sommes recueillies.

Charles Houde et les débuts de CHAU-TV
En 1958, le docteur Charles Houde qui a fondé la station radiophonique CHNC New Carlisle en 1933, demande au Bureau des gouverneurs  (CRTC de l’époque) un permis pour opérer une station de télévision afin de desservir la Gaspésie et le nord du Nouveau-Brunswick. La station obtient son permis et débute la construction de l’antenne principale et du studio sur le mont Saint-Joseph à Carleton le 8 juin 1959. L’antenne, une costaude dans le temps, a été construite à Ajax en Ontario.

Le docteur Houde choisira les lettres d’appel CHAU-TV qui auraient la signification suivante : (C)harles (H)oude (A) a (U) eu (TV) télévision. D’autres vous diront que CHAU-TV était en relation avec le mot chaleur de la « Baie-des-Chaleurs ». Charles Houde est l’actionnaire majoritaire avec environ 75% des actions. 10% appartiennent à J.-Léo Hachey, homme d’affaires de Bathurst. Le reste des actions appartiendra à un peu plus d’une dizaine d’autres actionnaires.

Opérer une station de télévision sur une montagne à une altitude de 1920 pieds (555 mètres) n’est pas ordinaire. Au début, le personnel de CHAU-TV est composé essentiellement de techniciens et d’opérateurs de mise en ondes.

CHAU-TV diffuse sa première émission le 17 octobre 1959 et devient la huitième station d’intérêt privé affiliée à la Société Radio-Canada. Au début, les émissions sont 85 % francophones et 15 % anglophones.

Au cours des premières années, les émissions de Radio-Canada sont acheminées à CHAU-TV par train sur kinéscope 16 mm.

On raconte que lors de la diffusion de « Séraphin, un homme et son péché » dans les années 50, CHAU-TV a déjà reçu par la poste une boîte de vêtements offerts par une généreuse téléspectatrice. Les vêtements étaient destinés à Donalda !

Ce n’est que quelques années plus tard, vers 1960, avec l’invention du système de transmission micro-ondes que les émissions de Radio-Canada seront diffusées par CHAU-TV en même temps que dans le reste du Québec et du Canada. Les émissions locales de CHAU-TV sont diffusées exclusivement en direct.

L’apport de Marcel Chabot
C’est Marcel Chabot, un technicien originaire de Québec qui est embauché par le docteur Houde. Il supervisera la construction de la station sur le mont Saint-Joseph ainsi que l’installation des équipements de diffusion et de production. Marcel Chabot deviendra le premier directeur général de la station CHAU-TV et il construira au début des années 60, un réseau de réémetteurs dans le comté de Gaspé afin d’y apporter le signal de CHAU.

Un animateur présente un disque de Michel Louvain dans le cadre du "Concours du disque CHAU-TV", 18 avril 1960. Photo : Charles-Eugène Bernard. Musée de la Gaspésie. Fonds Charles-Eugène Bernard. P67/B/3c/4/7

Un animateur présente un disque de Michel Louvain dans le cadre du « Concours du disque CHAU-TV », 18 avril 1960.
Photo : Charles-Eugène Bernard. Musée de la Gaspésie. Fonds Charles-Eugène Bernard. P67/B/3c/4/7

Le plan d’affaires de Charles Houde prévoit que les revenus de la station CHAU-TV proviendront exclusivement des ventes du réseau de Radio-Canada et des ventes nationales. CHAU-TV ne fera pas de ventes locales pour préserver les revenus de publicité locale de la station CHNC, également  propriété du docteur Houde.

Évidemment, au début, les salaires des employés n’étaient pas très élevés. Lorsque le docteur Houde se présentait à la station, les employés voulaient le rencontrer pour obtenir une augmentation. Dans ces moments délicats, le docteur mentionnait qu’il était sourd sur la montagne… l’altitude aidant !

En 1966, CHAU-TV est en faillite technique et Gérard D. Levesque, alors député de Bonaventure, en parle à son ami Claude Pratte, un avocat de Québec, mais qui connaît bien la Gaspésie pour y avoir passé ses étés de jeunesse à Carleton-sur-Mer. En 1967, Claude Pratte s’associe avec un jeune financier prometteur de l’époque, Paul Desmarais et ensemble ils fondent la compagnie Prades qui acquiert 85% des actions votantes de Télévision de la Baie-des-Chaleurs inc. (CHAU-TV). Claude Pratte embauche Gilles Rousseau de Rimouski qui deviendra le premier vendeur de publicité locale à CHAU-TV.

La Gaspésie, qui possède un territoire très accidenté, est très difficile à desservir avec les ondes de la télévision et CHAU-TV s’attire souvent les plaintes des téléspectateurs qui captent mal la station, particulièrement dans le comté de Gaspé.

Un jour dans une réunion de la Chambre de commerce à Gaspé à laquelle participait Serge Poirier, un homme d’affaires de Carleton qui possédait des actions dans CHAU-TV, le dossier de la mauvaise réception de CHAU-TV refit surface. La télévision était alors en noir et blanc. Serge Poirier se leva dans l’assistance et mentionna aux gens d’affaires, « si vous chialez trop, on va vous couper le blanc… »

Un rayonnement pour Radio-Canada et Télé-Métropole
Dans les années 70, malgré le fait qu’elle soit affiliée à Radio-Canada, CHAU-TV achète et présente aussi des émissions de Télé-Métropole telles que « Symphorien », « Les Berger », « Le Clan Beaulieu », « Marisol », « La Petite maison dans la prairie », etc.

Acheter des émissions de Télé-Métropole signifie aussi obtenir les commerciaux qui vont à l’intérieur de l’émission. L’opération est donc viable financièrement pour CHAU-TV. À la fin des années 70, la grille horaire de CHAU-TV est composée de 50 % des émissions de Radio-Canada et 50 % de Télé-Métropole.

Des émissions comme « Propos et confidences » « Rencontres » et autres émissions plus ciblées de Radio-Canada, comme des documentaires, sont remplacées dans la grille de diffusion de CHAU-TV par des émissions plus populaires. 

Des gens se plaignent de ne pas avoir accès à 100 % aux émissions de Radio-Canada autant du côté acadien que gaspésien, et c’est à ce moment que commencent les premiers pourparlers entre Radio-Canada et CHAU-TV. Le but est d’implanter des antennes de Radio-Canada en Gaspésie et de les alimenter via la station de Radio-Canada CBGAT à Matane et dans le nord du Nouveau-Brunswick via la station CBAFT Moncton.

CHAU-TV producteur
CHAU-TV produit des émissions pour la Société Radio-Canada. Yvon Chouinard a réalisé et animé plusieurs émissions de la série « Réseau Soleil », « Reflets d’un pays* » jusqu’en 1979. J’ai pris la relève par la suite. Certaines émissions du « Jour du Seigneur » ont aussi été produites en studio avec la collaboration de certaines paroisses gaspésiennes.

C’est en 1973 que la couleur fait son apparition sur les ondes de CHAU-TV. Les productions locales de CHAU-TV incluant les publicités continueront cependant d’être en noir et blanc jusqu’en 1978.

CHAU-TV venait à peine de terminer un important programme d’investissements pour remettre en ordre ses huttes sur les montagnes abritant les réémetteurs de la station que le CRTC lui imposait de convertir ses émissions locales du noir et blanc à la couleur. CHAU-TV était l’une des dernières stations à présenter ses émissions locales en noir et blanc.

Lorsque je suis arrivé en 1977, CHAU-TV produisait quotidiennement des émissions à caractère communautaire telles que « Deci Deca », les « Avis de décès », des entrevues, des nouvelles de l’actualité avec les nouvelles provinciales et nationales de la Presse canadienne et quelques nouvelles locales avec des diapositives. Comme correspondant, CHAU-TV pouvait compter sur Denys Courchesne ou André Nérisson à Gaspé, André Bécu à Newport, Gilles Degrâce à Bathurst où encore Gilles Dufour à Amqui. Ces correspondants faisaient des reportages par téléphone avec comme seule image, leur photo au téléphone.

Certains se souviendront certainement de Mgr Charles-Eugène Roy qui s’occupa longtemps de l’Oratoire du mont Saint-Joseph et qui avait sa chronique régulière sur les ondes de CHAU-TV. Fréquemment, il comparait la beauté de la vue du mont Saint-Joseph à celui de Notre-Dame de la Guadeloupe. Pour y être allé, je peux vous confirmer qu’il y a beaucoup de ressemblance. Jean-Marie Jobin, secrétaire de l’UCC devenu l’UPA, fut aussi une personnalité marquante des années 60, 70 et 80 à CHAU-TV. Il était un communicateur remarquable qui possédait une forte personnalité.

Nous faisions des revues de presse avec les journaux locaux. Il y avait même une émission pour stimuler la relève artistique, le « Bazou CHAU » (show) avec Claude Lussier. Les émissions avec des talents locaux, les émissions avec des chorales de la région, les concours de violoneux et de country représentent de très beaux souvenirs pour plusieurs d’entre nous.

Jeannot Poilu fait désormais partie des collections du Musée de la Gaspésie. Photo : Félix Fournier. Musée de la Gaspésie. P1/12

Jeannot Poilu fait désormais partie des collections du Musée de la Gaspésie. Photo : Félix Fournier. Musée de la Gaspésie. P1/12

Janot Poilu et « La Parade des jouets Continental»
S’il y a une émission qui a marqué toute une génération c’est sans doute « La Parade des jouets ». Janot Poilu est apparu dans les années 70 jusqu’à dans les années 90. Auparavant, deux autres émissions pour enfants avaient connu quelques succès soit « Goglu la morue » et « Gus ». Au début des années 80, on avait bien rigolé lorsque Bobino avait souligné avoir reçu 5 000 dessins lors d’un concours. CHAU-TV, grâce à une collaboration avec les magasins Continental, en recevait un minimum de 25 000 avec Janot Poilu en cinq semaines seulement durant le temps des fêtes.

1977-78, une année d’investissements déterminante
En 1978, la station investit 1 500 000$ dans l’achat d’équipements de production, de caméras portatives et de système de mise en ondes permettant de produire et de diffuser ses émissions et ses publicités locales en couleur. C’est aussi durant cette période que débute l’informatisation du routage (horaire de mise en ondes) et de la comptabilité.

L’arrivée des caméras portatives avec cassettes magnétoscopiques 3/4 de pouce change littéralement les manières de procéder pour le personnel de la station affecté aux nouvelles locales. Il est maintenant possible de tourner des images durant la journée et de les présenter le soir même dans le bulletin de nouvelles. Rappelons-nous qu’au cours des années 60 et une bonne partie des années 70, les seules images tournées à l’extérieur étaient en format 16 mm. Il fallait envoyer les bobines de film à Québec pour les faire développer.

Les caméras sur rubans magnétoscopiques représentaient une avancée extraordinaire pour la télévision locale. Elle lui procurait mobilité et rapidité de diffusion.

C’est à ce moment que le service des nouvelles locales a commencé à se développer davantage et à embaucher des journalistes supplémentaires à temps plein. En 1977, Clovis Arsenault, alors opérateur à CHAU-TV, est chargé d’aller tourner des images du premier ministre Pierre Élliot Trudeau lors de l’inauguration du Parc Forillon. Il part sur son 36, habit et cravate, avec une grosse caméra magnétoscopique Ampex que nous avions obtenue à titre d’essai. Clovis a tourné plusieurs heures d’images représentant plusieurs cassettes et pris religieusement le discours intégral du premier ministre. Lorsqu’il est arrivé à la station et que nous avons voulu voir les images de ce moment historique, il y avait du son mais pas d’images, juste des barres de couleurs. Clovis s’en est fait parler longtemps…

Au temps des tempêtes et du verglas
Lorsque vous travaillez sur le sommet d’une montagne de près de 2000 pieds et que vous voyagez dans une Jeep 4×4 matin, midi et soir, 365 jours par année, il est possible de vivre certaines expériences mémorables.

Au tout début, les opérateurs de la station effectuaient des quarts de travail de 3 jours sans interruption. Un camion 4 x 4 International assurait la navette de bas en haut. L’hiver, une souffleuse Mercedes ouvrait le chemin de temps en temps. Comme la station n’avait pas de garage en bas, la souffleuse était entreposée en haut dans le garage de la station. Le conducteur de la souffleuse, Bernard Leblanc devait mettre ses raquettes et monter à pied jusqu’au sommet pour aller chercher la souffleuse… Quelques années plus tard, la compagnie entreposa la souffleuse en bas, après beaucoup d’insistance de la part de Bernard Leblanc!

Lors de grosses tempêtes, l’opérateur de mise en ondes montait à bord de la souffleuse et se tenait debout près de monsieur Leblanc jusqu’à ce que l’engin atteigne le sommet ce qui pouvait prendre quelques heures. Une fois, dans le croche des « Taguine » la Jeep a fait trois tours complets dans le chemin sur la glace. Les employés ont eu la peur de leur vie. Le chauffeur Robert Arsenault a réussi à descendre son véhicule en gardant les deux roues du côté gauche dans la pierre près des rochers.

Lorsque la tempête se levait, souvent l’après-midi, on se dépêchait d’enregistrer les nouvelles pour descendre au plus vite. Parfois, la visibilité était nulle et on ne trouvait pas le chemin pour descendre. Heureusement, il n’y a jamais eu d’accidents avec le transport des employés dans la montagne. Les freins du véhicule transportant les employés étaient changés régulièrement et les pneus aussi. Dans les années 70, 80 et 90, nous changions de véhicule tous les deux ans. Les moteurs étaient très résistants, ce sont les transmissions qui finissaient par rendre l’âme. Quinze voyages par jour étaient nécessaires pour les opérations quotidiennes de CHAU-TV.

CHAU-TV possède sa compagnie de déneigement « Les Entreprises de la Montagne » qui a pour mission d’entretenir la montagne l’hiver de manière sécuritaire. La compagnie possède une souffleuse et un camion de déneigement 4×4 ainsi qu’une saleuse.

Affiliation à TVA
À la fin des années 70, le CRTC demande à Radio-Canada et à CHAU-TV de négocier et de trouver une entente pour rendre disponible les émissions intégrales de Radio-Canada en Gaspésie et dans le nord du Nouveau-Brunswick. Ce n’est pas si simple car les fréquences de télévision sont limitées dans la région, les sites de diffusion coûtent chers à développer et on désire assurer la rentabilité de la station CHAU-TV dont la viabilité financière est fragile.

Des négociations longues et ardues s’amorcent. Yvon Chouinard, directeur général de CHAU-TV, participe activement aux négociations avec la Société Radio-Canada qui dureront au moins deux ans. Marcel Chabot, alors vice-président technique de CHAU-TV, s’occupe de   toute la partie technique qui est très complexe en raison d’un nouveau partage de fréquence entre la SRC et CHAU-TV. On devra changer des émetteurs, des antennes, reconstruire des tours, refaire des chemins pour accéder à des sites de transmission, réaménager des terrains, vérifier et renégocier des droits de passage, etc.

Finalement, après des travaux importants au cours de l’année 1983, c’est en décembre de la même année que la station CHAU-TV devient une station affiliée au réseau TVA et se désaffilie de Radio-Canada. Au même moment, la SRC prend la relève de la desserte gaspésienne avec la station CBGAT Matane. Pour protéger la viabilité financière de CHAU-TV et préserver le deuxième service de télévision privée en Gaspésie (TVA), la SRC s’engage à ne pas solliciter de la publicité locale dans le territoire desservi par CHAU-TV.

Sous l’impulsion de Claude Pratte
Le début des années 80 est une période florissante pour le développement des communications en Gaspésie. Télé-Québec ouvre des antennes et implante des facilités de production en Gaspésie. La câblodistribution prend son envol et s’implante dans la plupart des municipalités gaspésiennes apportant ainsi dans les foyers une grande variété de signaux de télévision. L’arrivée de tous ces services ou signaux de télévision a causé de l’inquiétude chez les actionnaires et les dirigeants de CHAU-TV. Lorsqu’il en était propriétaire majoritaire, de 1967 à 1986, sous Prades inc., Claude Pratte n’a jamais retiré aucun dividende de la station CHAU-TV. La station réinvestissait ses bénéfices en apportant des améliorations techniques ou en services supplémentaires à la population.

En 1984, Claude Pratte demande à Yvon Chouinard de se rendre en Ontario pour diriger la station CHEX-TV à Peterborough appartenant à Prades inc. C’est à ce moment que je deviens directeur général de CHAU-TV. J’ai alors 25 ans. Depuis 1977, j’ai touché à l’animation, le journalisme, la rédaction et l’animation publicitaire, les interviews, ainsi que la réalisation et la production d’émissions. Au moment d’être nommé directeur général, j’occupe le poste de vice-président à la programmation et j’ai acquis une bonne expérience dans la gestion d’une grille horaire et les différentes relations avec les réseaux de Radio-Canada et de TVA.

Je peux vous dire que c’était un peu intimidant pour un jeune de 25 ans de faire un rapport sur ses opérations TV devant un conseil d’administration présidé par Claude Pratte. Ses questions étaient toujours très pertinentes et exigeaient des réponses précises. Monsieur Pratte ne regardait jamais le budget, il vérifiait les dépenses de l’année en cours avec celles de l’an passé. S’il y avait un écart de dépenses en surplus, il fallait connaître les raisons précisément.

En 1986, Claude Pratte décide de se départir de ses actions dans Prades et les vend à son ami Paul Desmarais qui créera la compagnie de communication Diffusion Power, une filiale de Power Corporation. C’est André, fils de Paul Desmarais qui prendra la direction du conseil d’administration de Diffusion Power. Comme CHAU-TV a toujours un actionnaire minoritaire, la famille Hachey de Bathurst, le conseil d’administration de CHAU-TV Télévision de la Baie-des-Chaleurs inc. doit demeurer en fonction et André en est le président. Le conseil d’administration de CHAU-TV a été l’un des premiers conseils d’administration présidé par André Desmarais.

Diffusion Power a été propriétaire de CHAU-TV de 1988 à 1999. Parmi les éléments à retenir des années passées avec Diffusion Power mentionnons une gestion des plus serrées, formation en gestion accrue pour les dirigeants et un programme de planification et de développement stratégique des plus avant-gardistes pour chacune de leurs stations.

Le déménagement de la station
Plusieurs projets de déménagement ont été envisagés dans le passé pour descendre les bureaux et le studio de CHAU-TV du mont Saint-Joseph.

Claude Pratte aurait bien voulu reconstruire la station en bas dans les années 70 le tout marié à un projet de petit centre commercial sur un terrain qu’il possédait à Carleton. Il a fallu faire certains choix économiques et ce projet de déménagement a été plusieurs fois remis aux calendes grecques. C’est un projet qui revenait souvent dans les assemblées du conseil d’administration. La sécurité du personnel, les coûts de déneigement et de transport, le besoin d’un édifice mieux adapté aux besoins d’opération d’aujourd’hui sont les principaux éléments qui étaient discutés. Le déneigement de la route de la montagne devenait de plus en plus problématique. De plus, cette route n’était pas reconnue par le ministère des Transports ni par la municipalité ce qui aurait pu entraîner des problèmes légaux pour CHAU-TV. C’est sur un terrain appartenant à CHAU-TV à l’ouest de la municipalité de Carleton près du viaduc que la station a été construite. L’ouverture a eu lieu en 1999.

CHAU-TV est vendue
Au moment où CHAU-TV célébrait son ouverture officielle en octobre 1999, Diffusion Power inc. annonçait la vente de l’ensemble de ses stations de télévision et de radio au Canada à la compagnie Corus Entertainment. Corus possède surtout des canaux spécialisés comme Télétoon, YTV, etc.

La période sous propriété de Corus Entertainment sera de courte durée. En 2001, la station CHAU-TV est achetée par Télé Inter-Rives Ltée, une compagnie de radiodiffusion appartenant et dirigée par Marc Simard de Rivière-du-Loup. J’apprends avec beaucoup d’enthousiasme l’arrivée de Télé Inter-Rives. Je connais Marc Simard depuis plus de 20 ans. On a siégé ensemble comme administrateur au conseil d’administration du réseau TVA dans les années 80. La compagnie Télé Inter-Rives opère depuis plusieurs années trois stations de télévision à Rivière-du-Loup, affiliées au réseau TVA, à Radio-Canada et à TQS (aujourd’hui V).

Télé Inter-Rives opère exclusivement des stations de télévision en région soit dans l’Est-du-Québec et au Nouveau-Brunswick. Les réalités et les opérations quotidiennes des stations de Télé Inter-Rives et de CHAU-TV sont les mêmes et une belle synergie se développera dans les années suivantes. Au cours des années 2000, Télé Inter-Rives et sa nouvelle station CHAU-TV feront face à plusieurs défis d’ordre industriel et réglementaire car l’industrie de la radiodiffusion est en pleine évolution avec l’implantation des satellites, la multiplication des canaux spécialisés, la concentration de propriété menant à la création de grands conglomérats et l’implantation de la télévision numérique HD. En 2003, la station CHAU-TV obtient la distribution de son signal sur les satellites. Il s’agit d’une grande victoire pour CHAU-TV après plusieurs interventions adressées au CRTC. En Gaspésie, près de 50% des foyers sont abonnés au satellite pour recevoir leurs émissions de télévision.

En 2011, la station CHAU-TV investit plusieurs centaines de milliers de dollars et effectue la conversion de  l’ensemble de ses onze émetteurs TV du format analogique vers le format numérique haute définition. L’image retransmise par CHAU-TV en diffusion numérique est d’une qualité remarquable. En 2012, alors que le signal de la station CHAU-TV est disponible en numérique HD par antenne (oreilles de lapin) ainsi que sur le câble, CHAU-TV sera aussi disponible en haute définition sur les satellites à partir de 2013. CHAU-TV se classe parmi les stations locales possédant les plus grandes parts de marché au Canada dans leurs territoires respectifs.

Après 50 ans d’existence, il est rassurant de constater le même attachement et l’intérêt assidu des Gaspésiens envers CHAU-TV qui a toujours été considérée comme la principale station de télévision locale. C’est un grand défi de maintenir la télévision locale en Gaspésie. Par contre, si les gens continuent à écouter nos émissions comme ils le font aujourd’hui et que les gens d’affaires utilisent la station pour annoncer leurs produits et services, CHAU-TV devrait être en mesure de continuer à desservir la Gaspésie pour de nombreuses années encore. ■

*L’ensemble des séries « Réseau Soleil » et « Reflets d’un pays » qui représentent plusieurs heures d’émissions des années 70 ont été offertes au Musée de la Gaspésie.

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6 commentaires pour CHAU-TV au fil du temps

  1. Jacques Chabot dit :

    Une des émissions produite au début se nommait « La forêt, notre avenir » par une personne connue de New-Richmond (quelqu’un de l’UPA je crois me souvenir). Cela me semble assez important de cette époque de trouver qui et de l’ajouter.

  2. Diane Hachey dit :

    Je cherche une emission avec la famille Fontaine , Daniel,Laurette et Florient Fontaine, qui a ete fait dans les premiere emission. On c’est jamais! Si il y a une copy? Mon conjoin est Florient Fontaine. il etait tout petit a cette époque, et sa sera un tres Bon souvenir. S.V.P laissez moi savoir.
    Merci!

    • mg1534 dit :

      Bonjour Mme Hachey, les premières émissions que nous avons ici commencent en 1971. CHAU a ouvert ses portes en 1959, il y a un donc une bonne période pour laquelle nous n’avons pas d’archives. Après vérification, nous n’avons malheureusement pas trouvé d’émission avec des membres de la famille Fontaine. Nous sommes désolé de ne pouvoir vous aider davantage, passez une belle journée 🙂

  3. Diane Hachey dit :

    Je cherche un emission qui a ete fait en 1957 avec Daniel Fontaine et Son fils Florient Fontaine.
    Mon conjoint est Florient Fontaine , il avais seulement 5 ans quand il jouais sa guitars avec son pere. S.V.P laissez moi savoir par e-mail si il y a une copy. C’etait avec CHAU-TV a Carleton en direct. On c’est jamais.
    Merci bien!

  4. CHANTAL LEBLANC dit :

    SA SERAIS UN PLAISIR DE REVOIR JEANNOT POILU A LA TV

    • mg1534 dit :

      Pour voir Jeannot Poilu, il faut aller sur le Facebook du Musée de la Gaspésie et faire j’aime sur la page. Une capsule vidéo apparaîtra sous peu!

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